Réclamation concernant le projet « Wilderness » d’extension du Parc Pairi Daiza

Réclamation concernant le projet « Wilderness » d’extension du  Parc Pairi Daiza

Section cadastrale : Brugelette 3e Division/Cambron-Casteau

À l’intention de Madame Véronique GASPARD

Service d’Urbanisme – Commune de BRUGELETTE

Le Cercle royal d’Histoire et d’Archéologie d’Ath et de la région s’oppose à la destruction d’une partie du mur d’enceinte monastique de l’ancienne abbaye de Cambron suite au  projet Wilderness présenté par le parc Pairi Daiza. Le Cercle introduit en conséquence une réclamation en ce sens au service de l’urbanisme de Brugelette.

En effet  la note explicative publiée le 12 septembre 2017 par le Parc Pairi Daiza montre  que le projet implique deux graves écarts par rapport au Schéma d’Orientation Local (ancien PCA n° 2 Brugelette dit « Paradisio »), qui sont de nature à altérer irrémédiablement deux éléments majeurs du patrimoine local remontant à l’époque médiévale et classés comme monument et site par la Wallonie.

1°) La section ouest du mur d’enceinte de l’abbaye sera démolie. Or il était entendu par le PCA que ce mur devait être intégralement préservé et même aménagé dans les règles de l’art  afin d’en souligner l’intérêt historique. Construit à la fin du 13e siècle par les frères convers, ce mur est un des rares enclos monastiques médiévaux conservés dans leur intégrité en Europe occidentale, et le seul en Belgique[1]. Il est prévu que ses moellons soient « récupérés et réutilisés, préférentiellement dans les zones historiques », formulation pour le moins inquiétante qui témoigne d’une singulière conception de la conservation du patrimoine ancien.

La destruction de ce mur représenterait une perte considérable pour un site dont la cohérence patrimoniale et historique a déjà été considérablement altérée.

2°) L’intégration de l’étang Montgaillard dans une nouvelle surface d’eau qui, selon les dires du projet, évoquerait « le paysage qui devait préexister à l’établissement de l’Abbaye » (affirmation gratuite et sans aucune pertinence), est contraire au PCA qui stipulait l’interdiction de modifier la surface d’eau des anciens étangs monastiques, œuvres des moines cisterciens. Ce point et le précédent sont liés, puisque la présentation du projet Wilderness laisse entendre que la destruction du mur rétablirait un état originel, dans la mesure où la carte de Ferraris montre qu’il y avait des étangs de part et d’autre de l’enclos. Cet argument n’a aucune valeur. Que le mur érigé par l’ancienne abbaye ait séparé deux étendues d’eau, dont l’une a disparu depuis, n’enlève rien à sa valeur patrimoniale et ne justifie pas sa destruction en vue du retour à un hypothétique état originel.

Il est piquant de constater que le projet Wilderness affirme qu’il est « crucial que l’évocation d’un ‘‘monde’’ adhère le mieux possible à la géographie locale, afin de lui donner une crédibilité suffisante que pour permettre l’expérience d’immersion. » Mais cette évocation d’un « monde », en l’occurrence la Colombie britannique et le sud-est de l’Alaska, ne pourra se faire qu’au détriment de l’altération grave d’un élément majeur du patrimoine brugelettois et wallon, et dans l’irrespect total du paysage légué par l’œuvre des moines cisterciens au Moyen Âge.  Cette évocation est totalement inadaptée dans un site historique de l’Europe médiévale.

Le succès commercial du parc Païri Daiza ne justifie pas ces atteintes irréversibles à ce qui subsiste d’une des abbayes cisterciennes majeures d’entre Loire-et-Rhin.

Pour ces motifs, le Cercle royal d’Histoire et d’Archéologie d’Ath et de la région introduit une  réclamation ferme, s’opposant à la destruction de la section ouest du mur d’enceinte et à la disparition de l’étang Montgaillard dans son état actuel.

Pour le Cercle royal d’Histoire et d’Archéologie d’Ath et de la région,

Le Président : Jean-Pierre Ducastelle

Le secrétaire général : Christian Cannuyer

Le secrétaire : Adrien Dupont.

[1] Voir, par exemple, Claude Zélis, « Cambron », dans Abbayes de Belgique, sous la dir. d’Albert d’Haenens, Bruxelles, 1973, p. 441.

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